Allo ?!

Combien de fois par jour, je m’entends dire ou j’en entends d’autres se plaindre « mais pourquoi iel ne me répond pas ? ». Mais oui, pourquoi les gens ne répondent-ils pas au téléphone, aux textos, aux e-mails ? Quelle est cette tendance actuelle de ne pas se sentir obligé de répondre quand on s’adresse à vous ?

On a pourtant plus que jamais les moyens de répondre rapidement, voire instantanément, puisque tous les outils et réseaux de communications se trouvent dans le prolongement de notre bras, dans cet appareil machiavélique, le portable. Il porte bien son nom « le portable », il porte tout pour nous : le téléphone, l’appareil photo, l’ordinateur, la mémoire, le divertissement, le harcèlement, la morgue. Et il ne nous lâche pas, 24/24 7/7 toujours à portée de main.

Évidemment avec toutes les notifications provenant de toutes les différentes applications téléchargées qui fleurissent en continu sur notre terminal, sans compter la recrudescence de sollicitations plus ou moins malintentionnées, newsletters et autres spams, on peut parfois être submergé. Et donc on peut « oublier » de répondre, ou devoir prioriser, ou avoir besoin d’un temps de réflexion.

Mais dans le cadre de communications professionnelles cela pose une autre problématique. On donne le sentiment à l’interlocuteur que l’on est terriblement occupé, et qu’il n’est pas important, qu’il peut bien attendre. Voire qu’il nous emmerde. La plus simple notion d’amabilité n’existe plus. Perte de temps. De le laisser mariner comme ça sans réponse, même négative, lui montre qui a le pouvoir. Moi j’appelle ça l’américanisation des communications : le business prime sur toute forme de civilité, seuls importent la rentabilité et l’intérêt. Et on a bien vu comme elle s’est immiscée en Europe à travers le vocabulaire et les formules standard des correspondances de travail : je reviens vers vous, merci pour votre retour, cordialement, … exit (!) les salutations distinguées.

Bien sûr à côté de ça, on presse de plus en plus le personnel de bureau, les secrétaires ont disparues ou font autre chose. Place aux IA et aux investisseurs. La courtoisie est d’un autre temps.

C’est peut-être là que réside le point de bascule de notre civilisation globale. Parce que nous sommes arrivés au point de bascule. Les catastrophes s’enchaînent de plus en plus vite, dans des dimensions de plus en plus dystopiques, on s’en rend compte mais on continue. On ne répond plus que lorsqu’on en a envie, que à ceux qui nous intéressent. Les relations humaines et cordiales basées sur la camaraderie, la solidarité, les activités de temps libre, tendent à disparaître, elles sont remplacées par les distractions virtuelles et les addictions aux réseaux sociaux et diverses plateformes numériques.

On se rêve des vies de luxe, son meilleur ami est Chat GPT, et c’est Copilot qui rédige nos e-mails.

On ne répond plus à ce qui nous ennuie, à ce qui nous demande un effort, à ce qui peut être conflictuel. On évite la confrontation, on ne discute pas, on ne résiste pas, on se laisse porter par cette illusion du confort que nous procure notre doudou électronique, notre smartphone.

C’est quand même là le plus ironique de l’histoire : ce téléphone qui servait jusqu’à une quinzaine d’années encore à se parler, conçu pour « libérer » la communication, ne sert pratiquement plus aujourd’hui qu’à nous contrôler, et nous asservir aux intérêts d’une poignée d’individus ultrariches et complètements déviants, et par là-même à nous museler. Entre temps c’est sûr il devenu « smart ».

Et nous ?